LE DEBUT DE LA BATAILLE DITE DE "VERDUN" - partie I

PRÉAMBULE.

POUR MARQUER LE CENTENAIRE DE LA GUERRE 14/18, À L’AIDE DE MES ARCHIVES

ET DE MA COLLECTION D’ILLUSTRATIONS,

JE FAIS REVIVRE CETTE PÉRIODE EN UTILISANT DES TÉMOIGNAGES.

L’INTÉRÊT DE CES RÉCITS, C’EST DE LAISSER S’EXPRIMER LES AUTEURS SUR CE QU’ILS ONT VÉCU

EN LAISSANT TRANSPARAÎTRE LEURS ÉMOTIONS.

 

LA PEUR, LA MORT… AU COURS DE CETTE TERRIBLE GUERRE

DONT LES PARTIES CIVILES ET MILITAIRES SONT :

- POUR LA FRANCE : 1.400.000 MORTS

- POUR L’ALLEMAGNE : 1 800 000 MORTS

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LE DÉBUT DE LA BATAILLE

DITE DE « VERDUN ».

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Partie I

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Ci-dessus : le poilu de Verdun.

LA TENUE DU POILU DE VERDUN.

Sur la tête :

Après une année de guerre, le nouveau casque ADRIAN a remplacé le képi : son poids six cents à sept cents grammes, selon la pointure.

On observe une évolution dans l’expression du visage :

A cause du masque à gaz, la barbe disparaît, l’œil fixe l’horizon.

Depuis un an, la capote dite « bleu horizon » a été raccourcie.

Le fantassin est engoncé par un « Barda » dit aussi le « Bordel ».

- Qui comprend : la cartoucherie et la baïonnette, la « Rosalie » s’adapte sur le canon du fusil, l’ensemble forme avec les bretelles son harnachement.

A la ceinture :

Le bidon, le masque à gaz, la musette, un couteau dans sa gaine.

Au-dessus des godasses (vocable en vigueur à l’époque) :

La bande molletière arrive jusqu’aux genoux, elle accentue l’allure dégagée du Poilu.

Le fantassin a son fusil LEBEL :

Modèle 1886 et 1893, puis des fusils BERTHIER 1907 et 1915, plus faciles à recharger.

Les officiers, sous officiers, chefs de section portent un pistolet.

Poids total :

Trente à quarante kilos.

LE CHAMP DE BATAILLE SE SITUERA AUX ALENTOURS DE LA CITÉ VERDUNOISE, À une quinzaine de kilomÈtres de celle-ci.

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Ci-dessus : la campagne Meusienne avant la guerre.

NEUF VILLAGES SERONT DÉTRUITS :

BEAUMONT EN VERDUNOIS                  FLEURY DEVANT DOUAUMONT

DOUAUMONT                                      HAUMONT PRÈS SAMOGNEUX

BEZONVAUX                                         LOUVEMONT

CUMIÈRES                                           ORNES

VAUX

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Ci-dessus : la rue principale de Fleury.

Ces neuf villages entreront dans l’histoire, sous le vocable de « villages détruits ».

LA VILLE DE VERDUN.

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Ci-dessus : la cité avant la guerre, le vieux moulin et l’Évêché.

Malgré son enceinte aux hautes murailles et sa citadelle avec ses 7 kilomètres de galeries, la ville de Verdun n’a plus aucune valeur militaire.

Elle doit son importance à la ceinture de forts détachés qui se dressent sur une cinquantaine de kilomètres, elle avait pour but d’immobiliser une armée entière.

Le Général SERÈS DE RIVIÈRES, créateur du camp retranché, estimait qu’il fallait quatre corps d’armée pour en faire le siège.

Or, la bataille dite de « Verdun » va se faire seulement sur un secteur occupant une dizaine de kilomètres, ce que le Général n’aurait pu imaginer.

En 1916, alors que la ville de Verdun va se trouver à l’arrière du front, les forts seront désarmés.

- Au même titre que la ville de Bar-le-Duc, à la différence qu’elle sera, aussi, bombardée, mais pas détruite.

APRÈS DEUX ANS DE GUERRE :

La résistance de l’armée Française commence à faire douter l’ennemi d’une issue heureuse du conflit.

Le KRONPRINZ, fils aîné de l’Empereur Guillaume II, le KAISER, et, à ce titre, Prince héritier de la couronne.

- A absolument besoin d’une importante victoire s’il veut disposer de solides atouts en vue d’une éventuelle négociation avec ses ennemis.

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Ci-dessus : le KRONPRINZ, Prince héritier d’Allemagne. Chef d’Etat-major général,

Commandant suprême de l’armée Allemande.

Il s’est engagé personnellement dans cette bataille dite de « Verdun ».

Après avoir hésité entre deux villes : Belfort et Verdun.

BELFORT :

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Ci-dessus : le monument des 3 sièges (1813-1814 – 1815 – 1870/1871).

Ville héroïque au cours de la guerre de 1870/1871, connue dans le monde entier, n’a pas été annexée à l’Allemagne, comme le département de la Moselle, qui reviendra à la France en 1919.

Pour l’Allemagne, elle peut devenir un succès politique, mais Verdun pourrait être un succès stratégique.

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Ci-dessus : le faubourg de Monthéliard à Belfort.

C’est cette dernière qui a été désignée.

Je ne m’étendrai pas sur les raisons de ce choix.

J’aurai l’occasion de le faire dans le chapitre qui sera consacré à :

     - L’histoire de la bataille dite de « Verdun ».

Où je mettrai l’accent sur de nombreux faits inédits.

DÉBUT FÉVRIER 1916 :

On constate que le secteur de Verdun est relativement calme, alors que dans le dos des Français, les Allemands de leur côté, s’activent à préparer sur un front de plus de dix kilomètres, plus d’un millier de batteries qui cracheront en une seule journée :

     - Plus d’un million d’obus.

(Dans ses mémoires, le Général PÉTAIN affirme deux millions d’obus en une seule journée).

     - De gros calibres 280 mm – 305 mm – 380 mm et 420 mm.

La semaine du 14 au 20 février 1916 :

Est dominée par ce temps affreux, en cette région Meusienne.

On circule dans les rues des villages, des routes, des chemins sous des rafales de neige fondante sans qu’il n’y ait d’accalmie.

Déjà, gonflée par les pluies et la neige, le fleuve la Meuse, qui traverse la ville de Verdun, déborde dans les prés.

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Ci-dessus : le fleuve « la Meuse » dans la traversée de la ville de Verdun.

Depuis quelques semaines, dans le secteur de Verdun :

Ce temps effroyable est béni par tous.

On a décrété que ce secteur est l’un des plus calmes du front.

Par les déserteurs Allemands, le grand quartier général Français sait que l’attaque est prévue pour le 10 février 1916 mais chaque jour, elle est ajournée, à cause du mauvais temps.

Et pourtant, l’Etat-major ne s’installe dans le secteur de Verdun, que le 12 février 1916. C’est aussi, l’arrivée des premières unités Françaises du 7e Corps.

Et maintenant, on s’active :

A renforcer les tranchées qui se trouvent dans un état pitoyable, puisqu’elles avaient été négligées.

Des bruits inquiétants annoncent, prochainement, le début de cette guerre.

Les habitants commencent à évacuer les villages des environs de la ville de Verdun.

C’est le début de l’exode.

Nombreux sont les véhicules de toutes sortes notamment des chariots de culture… transportant les réfugiés du nord de la Meuse, qui arrivent à Bar-le-Duc. Ils sont bien tristes d’avoir tout abandonné. Ils attendent l’autorisation des autorités pour poursuivre leur route.

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Sur une charrette, une femme pleure en murmurant :

« - Les Français ont précipité notre départ, afin de prendre ce que nous laissons dans nos maisons ».

À TROIS JOURS DU DÉBUT DE CETTE BATAILLE :

L’exode se poursuit et va s’accélérer :

Le Préfet de la Meuse alerté par les autorités militaires demande que plusieurs villages de la région de Verdun soient évacués.

APRÈS BIEN DES HÉSITATIONS, LE GQG COMPREND QU’IL EST TEMPS DE SE PRÉPARER À UNE ATTAQUE ALLEMANDE DANS LE SECTEUR DE VERDUN.

Le service automobile reçoit l’ordre de se préparer sans délai.

Les Officiers se rendent à Bar-le-Duc et au cours d’une réunion, de nombreuses décisions sont prises, notamment :

     - La création de la première commission de régularisation automobile :

                - Qui aura la lourde charge de régler et d’assurer, au cours de cette bataille, l’ensemble des transports routiers.

                - Les transports intensifs seront faits, si cela est nécessaire, sur la route Bar-le-Duc – Rumont - Erize – Verdun.

                - Qu’elle sera utilisée pour les transports des hommes, des munitions en automobile, etc.

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Ci-dessus : le lycée national, aujourd’hui Raymond POINCARÉ,

où s’est tenue le 19 février 1916,  une réunion historique,

qui va changer le cours de l’histoire.

LE DIMANCHE 20 FÉVRIER 1916, VEILLE DU DÉBUT DE LA BATAILLE DE VERDUN.

La tempête qui sévissait dans le secteur depuis plusieurs semaines a cessé dans la nuit. La gelée a durci le sol argileux ainsi que la mince couche de neige qui recouvrait le sol.

La question que l’on se pose :

- Est-ce que l’attaque Allemande est pour aujourd’hui ?

LE LUNDI 21 FÉVRIER 1916 :

L’aube se lève dans un ciel d’hiver, mais radieux. La terre est ferme, les flaques d’eau sont gelées.

En début de matinée, l’artillerie Allemande, ouvre le feu dans la campagne Meusienne qui va être transformée en champ de bataille.

Alors qu’il ne fait pas encore jour, à 07h30 du matin, un bombardement assourdissant dont l’intensité et l’étendue des terrains écrasés par des projectiles de tous calibres, ne laisse pas longtemps subsister de doutes.

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Sur un front d’une dizaine de kilomètres sont alignés plus d’un millier de batteries

qui cracheront en une seule journée plus d’un million d’obus.

C’EST LE DÉCLENCHEMENT DE CE QUI VA ÊTRE LA TERRIBLE BATAILLE DITE DE « VERDUN ».

- Attendue avec angoisse par l’armée Française, depuis plusieurs jours et qui va durer trois cents jours.

Aussitôt l’alerte donnée, des gendarmes parcourent les communes de la région de Verdun et donnent l’ordre, aux habitants, des les évacuer.

« Allons vite, le temps presse, il faut partir, vous avez deux heures pour quitter la commune et aller prendre le train ».

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Le chemin de fer Meusien à voie étroite dénommé le « Meusien ».

 En temps de paix, il est géré par la « Compagnie Meusienne de chemin de fer ».

Le 01 décembre 1914, il passe sous le contrôle de l’armée :

« La 10ème section des chemins de fer de campagne » jusqu’à la fin de la guerre.

Frappés d’épouvante :

Les habitants hébétés, rassemblent en hâte quelques menus objets, oubliant le plus précieux, les plus utiles … s’empressant de rejoindre :

     - Les stations du chemin de fer Meusien à voie étroite dit le « Meusien », situées à Baleycourt et Nixéville.

     - Dans la boue, sous la brise glacée.

Sur le champ de bataille :

- Laissons la parole à un témoin :

« Le 21 février 1916, à sept heures du matin exactement, le premier obus, annonçant l’attaque, tombait à cent mètres de moi, entre le bois de Samogneux et le village ».

« Il avait gelé, ce matin-là ; le sol était couvert de givre et le soleil commençait à dorer les cimes des coteaux voisins. Une alouette s’élève rapidement, en faisant entendre ses trilles joyeuses… était-ce un symbole ? ».

« L’oiselet avait eu peur, tout d’abord ; mais à mesure qu’il s’élevait dans l’azur, il semblait reprendre son calme et défiait l’infernale machine qui avait troublé le sommeil matinal, telle la France surprise qui sut se ressaisir après quelques jours d’alarme ».

« Ou bien encore, le petit oiseau annonçait-il l’arrivée prochaine des fiers régiments qui allaient briser la ruée Allemande… ».

« Depuis des mois, les Boches préparaient, en silence, la plus formidable attaque qu’on n’ait jamais vue ».

« Nos guetteurs signalaient sur divers points des bruits étranges d’outils, de moteurs, de matériaux qu’on décharge ».

« Leurs milliers de canons étaient prêts à cracher la mort sur ce coin de terre Meusienne, car Verdun était pour l’ennemi, le boulevard qu’il fallait emporter afin de prouver au monde attentif la supériorité de l’Allemagne et pour atteindre au cœur la France abhorrée ».

« Un million de soldats Allemands étaient massés, l’arme au pied, à l’arrivée des tranchées, attendant avec une confiance sereine le signal de l’assaut suprême qui devait leur donner la victoire ».

« De notre côté, l’activité avait été moins grande ; on renforçait et l’on multipliait les réseaux ; on creusait et on bâtissait. Mais il nous faut avouer que nous fûmes dépassés par l’ennemi ».

« Les vaillantes populations de la ville et des villages avaient été évacuées rapidement, alors que tout paraissait calme et qu’on répétait à satiété :

« Jamais ils n’oseront attaquer Verdun ! ».

« Quelques jours avant la date fixée, l’attaque se déclencha ».

« Alors qu’on avait donné l’ordre de sauver le matériel qui se trouvait sur la rive droite de la Meuse, on avait laissé un rempart vivant formé en grande partie de territoriaux, presque tous fils de cette terre Meusienne qu’ils défendirent avec l’acharnement du désespoir ».

 

Christian BOULAY

Illustrations de l’auteur.

 

(A suivre : « le début de la bataille

Dite de Verdun II »).

 

 

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