Le Conseil Général - 2 -

LE CONSEİL GÉNÉRAL DE LA MEUSE

EST A L’ORİGİNE

DES QUİNZE KİLOMÈTRES MANQUANTS

DE LA « VOİE SACRÉE » ?

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(Suite 2)

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En attendant le classement de cette route stratÉgİque.

La fabrication des bornes est en bonne voie.

 Les casques en bronze qui les coifferont ont été exécutés avec dit-on « un soin irréprochable » par la Société des Etablissements DURENNE et ils sont expédiés à la maison COIGNIET qui fabrique le corps des bornes en aggloméré spécial, dit « Euville reconstitué ».

 Les bornes doivent être terminées dans quelques semaines, et leur pose commencera aussitôt.

 La Société DURENNE a accepté de procéder à une édition artistique d’objets divers.

 Des bornes commémoratives comme souvenirs.

 Le département a passé un accord avec la Société DURENNE qui procédera à :

 « Une édition artistique d’objets divers : presse-papiers, encriers etc, avec pour motif décoratif les bornes commémoratives de la « Voie Sacrée ».

 Dans son projet de budget, le Conseil Général comptabilise une recette de 5 000 F.

 La situation de la route stratégique Bar-le-Duc/Moulin-Brûlé, avant qu’elle ne devienne officiellement la « Voie Sacrée ».

 Sa longueur est de 48 kilomètres 440 dont 0 mètre 110 de passage et de 48 kilomètres 330 en empierrement, sur lesquels 4 kilomètres 800 sont goudronnés.

 Sa fréquentation :

 Il n’y a eu jusqu’à présent aucun comptage mais ce que l’on peut dire c’est qu’elle est très fréquentée.

 L’état de la chaussée, des fossés, etc.

 La chaussée de Bar-le-Duc à Naives est en matériaux durs, dont une section est goudronnée.

 Au delà, elle est en calcaire du pays, de bonne qualité mais l’usure est rapide.

Les fossés et les accotements sont en bon état, ainsi que les ouvrages d’art, exception faite, le pont qui enjambe l’Aire près de Chaumont et dit-on « les maçonneries sont à rocailler ».

 Au kilomètre 44,477, le garde-corps du Pont-Supérieur qui était brisé par fait de guerre a été rétabli.

 Les plantations :

 Elles sont très inégales. La plupart sont des arbres fruitiers sauf sur le territoire de Bar-le-Duc, où se dresse une belle plantation forestière.

 Nombreux sont les arbres qui ont souffert des hostilités.

 Le bornage de la « Voie Sacrée », y compris la borne du kilomètre 0, est complètement terminé.

 Un projet est élaboré pour augmenter la visibilité aux abords du passage à niveau, du chemin de fer de la Compagnie Meusienne, qui est situé au kilomètre 45,100.

 Il est aussi, prévu de silicater la section Rumont/Erize la Grande, entre les points kilométriques 11,800 et 18,500.

 Tout est en place et on va procéder prochainement à l’inauguration de la « Voie Sacrée », alors que son classement officiel est toujours à l’étude.

 Cette manifestation sera présidée par Monsieur POINCARÉ, qui est né à Bar-le-Duc. Il fut Président de la République (de 1913 à 1920).

 Président du Conseil (aujourd’hui Premier Ministre) (1922 à 1924 et de 1926 à 1929).

 Ministre des Affaires Etrangères (1922 à 1926).

 Il est en même temps :

 Président du Conseil Général de la Meuse.

 Il va passer deux jours dans le département de la Meuse et son programme est très chargé.

 Il quitte Paris, le samedi 19 à 17 heures, passe la nuit dans sa propriété du « Clos » à Sampigny.

 Le lendemain, dimanche, il inaugure le monument érigé à la mémoire des enfants de Triaucourt, morts au champ d’honneur, il rappelle les terribles journées de septembre 1914 :

 « Les Allemands n’épargnaient rien pour vous inspirer cette affreuse inquiétude. Ils se vantaient de marcher sur Bar-le-Duc et prédisaient même que bientôt ils seraient à Paris ».

 « C’est dans cette même journée du lundi 7 septembre qu’a été commis à Triaucourt un des plus abominables attentats dont cette région ait été le théâtre ».

 « Les Allemands ont prétendu, comme dans nombre d’autres communes, qu’un habitant avait tiré sur leurs troupes…ce qui entraîna une violente fusillade et un épouvantable incendie ».

 « Les habitants étaient tués sur le pas des portes, dans les rues, dans les vergers… ».

 Toute la presse Française et Etrangère a les yeux braqués sur Bar-le-Duc.

 

Après cette journée de commémoration, le lendemain, il préside à Bar-le-Duc, la cérémonie consacrée à l’inauguration de la « Voie Sacrée » dénommée ainsi par l’Assemblée départementale, mais pas encore par la Nation.

 Les Barisiens pavoisent les fenêtres de leur habitation.

 Dans la rue Ernest Bradfer, sont dressés des mâts chargés de faisceaux de drapeaux et de bannières tricolores.

 Au carrefour des rues Ernest Bradfer et du Passage-Inférieur, est érigée  en son milieu la première borne commémorative qui immortalise le point de départ de cette route stratégique (en réalité le début de la « Voie Sacrée » se situe à 15 kms).

 Une housse de toile recouvre celle-ci en attendant son inauguration.

 A proximité de la borne, se dresse une petite tribune enrubannée d’un tissu tricolore  qui servira aux orateurs.

 En face, sur le trottoir, est élevée une estrade où prendront place les autorités.

 Sous un ciel radieux.

 Dès 10h30, le public se groupe au carrefour. Le nombreux service d’ordre est composé d’agents de police, des employés de l’octroi, des gendarmes des brigades de Bar-le-Duc, etc.

 Alors que la musique du 94ème Régiment d’Infanterie cantonné à Bar-le-Duc retentit, la Compagnie de la Garde du drapeau se place face à la tribune d’honneur. Le drapeau et les militaires de ce Corps d’Armée prennent position, rue du Passage-Inférieur.

 Prennent aussi place les Autorités, on remarque Pol CHEVALIER, Sénateur, le Maire de Bar-le-Duc, Monsieur FACDOUEL, à ses côtés tout le Conseil Municipal, le Conseil Général du département, etc.

 Ensuite, arrivent en automobile les Officiers dont le Commandant du 6ème Corps d’Armée. Les Sociétés patriotiques avec leurs drapeaux, les fanfares, les vétérans, les mutilés de deux guerres, etc.

 Il est à peine onze heures, lorsque le Président du Conseil en jaquette et chapeau haut de forme descend de son automobile, Messieurs BÈGUE Préfet de la Meuse et CHASTEL Secrétaire général l’accompagnent.

 La foule, voyant le Président POINCARÉ arriver crie « Vive POINCARÉ ».

 La musique du 94ème Régiment d’Infanterie sonne « Aux champs ». Puis moment très émouvant quand retentit la « Marseillaise ».

 Le Ministre de la guerre n’étant pas arrivé, Monsieur POINCARÉ profite de cette absence pour s’entretenir avec ses camarades d’enfance et ses amis politiques qui sont proches de lui.

 Malgré l’absence d’André MAGINOT, un huissier de la Ville de Bar-le-Duc, retire le voile qui couvre la borne. Apparaît un bloc de pierre blanche d’environ un mètre de hauteur, surmonté du casque du Poilu et décoré de lauriers de la victoire.

 Sur l’une des faces est gravée :

 « Voie Sacrée » 0 kilomètre.

 Sur l’autre :

 « Verdun » 52 kil.2

 Puis arrive le Ministre de la guerre André MAGINOT, qui est Meusien comme le Président POINCARÉ.

 La « Marseillaise » résonne à nouveau. Le Président du Conseil Raymond POINCARÉ, suivi du Ministre des Anciens Combattants André MAGINOT et du Colonel, représentant le 6ème  Corps d’Armée, passent en revue la Compagnie d’honneur.

 Devant l’étendard, le Président POINCARÉ se recueille, puis s’installe à la tribune. Son texte dans la main gauche, dans la droite, il tient la barre de celle-ci, qui se trouve devant lui.

 C’est d’une voix forte qu’il prononce son discours, sans prendre la peine de regarder son texte (il est reconnu qu’il a une mémoire phénoménale).

 « Que de fois, ne l’ai-je pas alors parcouru moi-même, à côté des interminables files de camions qui la suivent ».

 « Chère et vieille route de Verdun ! Qui m’eut dit, lorsque j’y faisais tout enfant mes longues promenades dominicales, qu’elle contribuerait un jour à assurer le salut de la France » etc.

 Quand le tonnerre des applaudissements s’est tu, le Préfet de la Meuse apparaît à son tour à la tribune ; il est contraint de parler fort, il n’y a pas de micro, et il s’écrie :

 « Oui, Sacrée, la Voie pour laquelle les soldats de France, de toute la France, sont montés, sans faiblir vers le champ de bataille, tragique où tout avait perdu son humaine mesure, vers la mort, vers des souffrances… ».

 « Oui, Sacrée la route de Verdun où s’est accompli le miracle permanent du génie Français, où la force Française a contenu, dominé, vaincu l’acharnement de la violence Allemande… ».

 « Oui, Sacrés les lieux qui nous ont valu l’admiration du monde et qui nous ont mérité sa justice… ».

 Après ce discours, Monsieur BÈGUE descend de la tribune, ovationné par la foule.

 Ensuite, Monsieur POINCARÉ fait, avec une truelle que lui présente un jeune homme, le geste sacramental de sceller la première borne commémorative.

 Puis, à pied, et en musique, le cortège composé de militaires, Officiels,  Associations Patriotiques…de la population qui pousse « des vivats patriotiques » et se dirige vers la Mairie.

 Dans le grand salon de l’Hôtel de Ville, c’est la remise des décorations.

 Puis, Monsieur POINCARÉ, les Parlementaires et les Autorités se retrouvent à la Préfecture et dit-on a lieu un déjeuner intime.

 MAIS POUR LE PRÉSIDENT DU CONSEIL, LA JOURNÉE EST LOIN D’ÊTRE TERMINÉE.

 Au lendemain de l’échec de la conférence qui s’est tenue à Londres, après l’inauguration de la « Voie Sacrée », à Bar-le-Duc, l’après-midi, à 14 heures, Raymond POINCARÉ, qui est aussi Président du Conseil Général de la Meuse, prononce un important discours politique à l’occasion de l’ouverture de la session du CG.

 La presse titrera :

 « Monsieur POINCARÉ a défini, à Bar-le-Duc, notre politique extérieure ».

 Il expose son point de vue en matière de réparation des dégâts occasionnés par cette guerre, de dettes, d’alliance, etc.

 « Nous ne demandons qu’à rester les alliés de nos alliés et les amis de nos amis, nous ne demandons qu’à reprendre avec nos ennemis d’hier, les relations paisibles et courtoises. Mais nous voulons que nos dommages soient réparés et ils le seront…. ».

 Au cours de son discours, il met l’accent sur :

 - La force d’inertie du Reich pour ne pas payer sa dette,

 - L’étrange attitude prise par l’Angleterre,

 - La nécessité pour la France d’être payée,

 - Et notre décision de l’être.

 (Voir sur notre site :

« Le Conseil Général de la Meuse est à l’origine des quinze kilomètres manquants de la ‘’ Voie Sacrée ‘’ » suite 3).

Christian BOULAY

 

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